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dimanche 1 novembre 2020

Manche, Sandrine Bodin, nouvelle DASEN

Manche. Sandrine Bodin est la nouvelle inspectrice d'académie du département.

 

Ancienne directrice académique adjointe du Rhône, Sandrine Bodin a été nommée inspectrice d'académie et directrice académique des services de l'Éducation nationale de la Manche par un décret publié le vendredi 23 octobre.


 
Cette ancienne professeure de mathématiques a enseigné en collège et lycée, dans les académies de Poitiers, de Créteil et de Nantes. C'est dans cette dernière qu'elle a été nommée inspectrice d'académie et inspectrice pédagogique régionale en 2013. En février 2018, Sandrine Bodin est devenue directrice académique adjointe dans le département du Rhône, où elle a assuré le suivi de trois bassins (dont deux ruraux), de l'éducation prioritaire sur le territoire et de quatre cités éducatives. Elle fut "également en charge de la co-animation du volet 'réussite scolaire' de la stratégie pauvreté, pour la région Auvergne-Rhône-Alpes", détaille l'Académie.

Le rôle de la nouvelle nommée ? Représenter le recteur dans la Manche, participer à la mise en œuvre de la politique éducative et pédagogique définie par le ministère, et établir la stratégie académique organisant l'action éducatrice des établissements du département.
 
 

vendredi 30 octobre 2020

Enseignement secondaire spécial vs Enseignement primaire supérieur

 

Guizot, en faisant adopter la loi du 23 juin 1833 à laquelle son nom reste attaché, établit les bases d’une école primaire en France placée sous la vigilance de l’État. La loi Guizot créait l’enseignement primaire supérieur (article premier) : « l’instruction primaire est élémentaire ou supérieure[1] » : une école primaire supérieure devait être créée dans toutes les préfectures ainsi que dans les villes de plus de 6 000 habitants. « Cette loi est vraiment la charte de l’instruction primaire », affirmait, non sans quelque raison, son promoteur.

La Seconde République, du moins dans ses débuts, poursuivit l’œuvre entreprise[2]. La constitution du 4 novembre 1848 retenait bien les principes de l’obligation scolaire et de la gratuité mais confirmait la liberté d’enseignement. Les élections du 13 mai 1849 consacraient les partis conservateurs et, parmi eux, le parti catholique qui comptait 450 députés sur 750 sièges. Un royaliste, Dupin, présidait la législative, tandis que Louis-Napoléon, chef équivoque d’une république agonisante, préparait, par ses messages, une seconde dictature. Née des influences l’ultramontaines, soutenues par le parti « Ultra », une nouvelle théocratie s’affirmait. Adolphe Thiers, avec l’éloquence qui lui est reconnue, manifestait une profonde aversion pour le corps enseignant. A la commission chargée du projet de loi sur les écoles, en 1849, il fulminait : « J’aime mieux l’instituteur sonneur de cloches que l’instituteur mathématicien » « … Le remède le plus efficace serait assurément de confier l’instruction primaire au clergé… ». On ne pouvait être plus explicite. Sa défiance à l’égard des instituteurs laïques était à son comble. Il affirmait : « … Je suis prêt à donner au clergé tout l’enseignement primaire… »[3]. Le futur fossoyeur de la Commune, était ouvertement opposé à l’école primaire : « Oui, je veux restreindre cette extension démesurée de l’enseignement primaire… Je soutiens que l’enseignement primaire ne doit pas être forcément et nécessairement à la portée de tous… » Le triomphe fut consommé, d’abord avec la loi Parieu (11 janvier 1850), puis avec la loi Falloux, du nom du député du Maine-et-Loire, le comte Alfred de Falloux (15 mars 1850). Avec la première, il entrait dans les prérogatives des préfets de révoquer les instituteurs et les institutrices qui soutenaient des idées républicaines. La loi Falloux, elle, défendue par l’abbé Dupanloup, Montalembert et Thiers, prônait la liberté d’enseignement et accentuait le rôle de l’église. Elle autorisait également la possibilité d’ouvrir des écoles pour les filles, mais seulement si les ressources locales le permettaient. Ainsi fut votée la « loi qui porte un masque » selon l’expression de Victor Hugo pour assurer les fondements de ce qui allait constituer « l’enseignement libre ».

Cette même loi Falloux, ignorant les écoles primaires supérieures, entérinait leur suppression, en quelque sorte, par prétérition. Certes, en 1852, elles allaient être à nouveau mentionnées. Mais il n’en fallut pas davantage pour qu’une conception qui n’avait guère rencontré beaucoup d’empressement, fût, pour ainsi dire, abandonnée. Cette loi, en fait, venait ruiner toute l’œuvre scolaire antérieure et ramenait l’enseignement primaire à ce qu’il était avant 1830.

La priorité se trouvait de nouveau accordée aux collèges. Une partie des programmes des écoles primaires supérieures furent intégrés aux enseignements de l’école primaire. Mais ils n’en demeuraient pas moins facultatifs ! La plupart des écoles primaires supérieures existantes avaient été annexées aux collèges ou avaient été dissoutes.

Pourtant l’idée continua de cheminer dans les esprits. Victor Duruy, le très libéral ministre de l’Instruction publique[4] d’un Empire qui, pour feindre de cacher sa nature, s’ajoutait le qualificatif de « libéral », lors d’une visite à Coutances, prit la mesure de la nécessité de créer, au sein des lycées et collèges, un enseignement spécial à scolarité réduite, aux programmes utilitaires orientés vers des applications économiques et pratiques[5].

Voilà ce que nous écrivions dans l’ouvrage consacré à l’histoire de cet enseignement : Quand les enfants du peuple avaient leur école, publié en 2012. Jusqu’à ce que Christophe Canivet retrouve, en feuilletant les journaux de l’époque, notamment le Journal de l’arrondissement de Valognes, un article sur l’enseignement secondaire spécial dispensé au lycée de Coutances. Il constitue un fort intéressant complément aux Notes et souvenirs du Ministre.

Yves Marion




Le Journal de l'arrondissement de Valognes, 26 août 1864

et autres journaux du département

 

Lycée Impérial de Coutances.

Année scolaire 1864-1865.

Enseignement secondaire spécial

Cet enseignement qui existait, de fait, depuis longtemps déjà, au lycée de Coutances, y a reçu, pendant la dernière année scolaire, de nouveaux développements et une organisation entièrement conforme au but des nouveaux programmes soumis au contrôle de l'expérience. C'est un enseignement sérieux et étendu, qui ne laisse de côté que le grec et le latin et qui se préoccupe surtout de l'utilité pratique. « Nous laisserons vient de dire le Ministre dans une circonstance solennelle, nous laisserons au lycée classique la théorie, qui forme les esprits élevés ou puissants dont nous avons besoin pour marcher en avant ; mais nous placerons au collège spécial les applications, pour préparer là des industriels, des agriculteurs et des négociants, qui sachent tout ce que la science peut donner de force productive à l'industrie et à l'agriculture, de facilités au commerce, de bien-être à la société. »

 

L'essai complet qui vient d'être fait de cet enseignement a été des plus satisfaisants ; et il parait hors de doute qu'on peut, en 4 ou 5 années, à l'âge qu'on suppose, préparer des jeunes gens à un grand nombre de carrières pour lesquelles l'étude des langues anciennes n'est pas indispensable.

 

Pour faire bien comprendre, au reste, le but et l'importance de ce qui s'appellera peut-être bientôt l'enseignement moderne, il suffira d'indiquer aux familles les principales écoles ou carrières auxquelles il peut conduire. Ce sont :

 

    École centrale (Paris).

    Id. d'Arts et MétTers (Angers).

    Id. de Mineurs (St-Étienne, Alais).

    École Navale.

    Id. d'Hydrographie : capitaines au long-cours et au cabotage.

    Id. de Cavalerie (Saumur).

    Id. d'Agriculture.

    Id. de Vétérinaires (Alfort).

    Carrières commerciales de tout genre.

    Administration des télégraphes.

    id. des chemins de fer.

    id. des ponts-et-chaussées.

    id. des postes

    id. des contributions indirectes.

    id. des douanes et des tabacs.

    id. des finances : perception, recettes publiques ou privées, économats.

    Administration du cadastre.

    Emplois de géomètres-experts, d'agents d'affaires.

    id. d'architectes

    id. des vérificateurs des poids et mesures,

    Notariat

    Greffe des tribunaux, des justices de paix et des mairies.

    Charges d'avoués,

    id. d'huissiers.

    Fonctions de professent pour l'enseignement spécial, d'instituteurs.

    École normale primaire.

    Écrivains pour toutes sortes d'administrations ou bureaux, etc.

 

Article trouvé par Christophe Canivet

 



[1] Souligné par nous.

[2] Philippe VIGIER, 1848, Les français et la République, Paris, Hachette, collection « La vie quotidienne », 1998,  pp. 19-20.

[3] Les débats de la Commission de 1849. Discussion parlementaire et la loi de 1850, par H. de Lacombe, 1899, p.34

[4] Ministre de l’Instruction du 23 juin 1863 au 24 mai 1869

[5] Victor DURUY, Notes et souvenirs, Paris, Hachette, 1901, t.1, pp. 167-168, cité par Antoine PROST, L’enseignement en France (1800-1967), Paris, Armand Colin, Collection, « U », 1968, pp. 66-67.

Inauguration du Petit Lycée à Coutances

 




Le Journal de l'arrondissement de Valognes, 26 août 1864

et autres journaux du département

 

Lycée Impérial de Coutances.

Année scolaire 1864-1865.

 

Inauguration d'un petit lycée


À partir de la prochaine rentrée des classes, il est fondé au lycée impérial de Coutances, un quartier spécial pour les plus jeunes élèves, sous la dénomination de PETIT LYCÉE.

 

Une classe primaire qui est en pleine voie de prospérité et l'ensemble des mesures prises depuis quelques années permettent d'y recevoir des externes libres, des externes surveillés, des demi-pensionnaires et des pensionnaires, de l'âge de sept à dix ans.

 

Cet établissement a pour but d'accoutumer de bonne heure les enfants à l'ordre et au travail et de les mettre, par-là, en état de commencer les études secondaires à neuf ou 10 ans. Autant que possible, conformément aux exigences de la société actuelle.

 

Rien ne sera négligé pour assurer à ces jeunes enfants une bonne éducation religieuse et morale, des exercices variés favorables au développement physique, et tous les soins qui ne se trouvent d'ordinaire qu'au sein de la famille. Ils seront confiés aux maîtres les plus expérimentés du lycée.

 

Les nombreux bâtiments destinés au petit lycée sont admirablement situés et se prêtent merveilleusement à cette destination : dortoirs, salles d'étude, salle de soins de propreté et d'hygiène, salle de bains, vastes cours de récréation et préaux couverts, parloirs, tout est installé dans les meilleures conditions. Le quartier, en entier, quoique se rattachant d'un côté au grand lycée (ce qui rend les relations et la surveillance plus faciles), est néanmoins complètement isolé de l'établissement principal et il n'y aura aucune communication entre les élèves des deux établissements.

 

Cette séparation permettra d'assurer aux jeunes enfants du nouveau quartier une discipline à part, des récréations plus fréquentes et des soins tout particuliers de propreté et d'hygiène. Une femme exclusivement attachée à ce quartier sera chargée de donner, à chaque instant du jour, ces petits soins maternels que réclament l'âge et la santé des jeunes enfants.

 

Les familles pourront rester chargées du blanchissage et des menus raccommodages ; et, dans ce cas, leurs enfants changeront de vêtements, de linge et de chaussures aussi souvent que les parents le désireront : pour rendre cela plus facile, un vestiaire et une lingerie supplémentaires seront installés dans le nouveau local.

 

Pour être admis dans l'internat du petit lycée, il faut être âgé de moins de 11 ans et n'avoir jamais été dans un autre établissement. — Les enfants qui y auront été admis pourront y rester, même après l'âge de 10 ans, s'ils se montrant dignes, par leur bon esprit et leur bonne conduite, de jouir plus longtemps des faveurs exceptionnelles attachées à ce quartier.


Article trouvé et mis en forme par Christophe Canivet

vendredi 23 octobre 2020

Décès de Gisèle DELAUNAY

Gisèle DELAUNAY


 

C'est avec une grande tristesse que nous vous faisons part du décès de Gisèle DELAUNAY survenu le 21 octobre 2020.

Les obsèques se tiendront le mercredi 28 octobre 2020 à 14 heures au Crématorium de Caen.

 




 Cher(es) Ami(es)

Je viens aujourd'hui vous parler d'une grande dame qui nous a quittés, discrètement, mercredi. Je ne la connaissais que depuis quelques années mais la sympathie s'est rapidement installée entre nous. Son élégance naturelle, sa droiture morale et intellectuelle, sa force dans les épreuves m'ont beaucoup marquée. Comme enseignante, elle avait aimé transmettre des connaissances et tout un savoir être à ses petits élèves, les éveillant à la beauté de la musique et à la beauté de la peinture notamment. Elle était profondément attachée aux valeurs qui sont les nôtres, celles de l’École de la République, aimait nos réunions tant de l'AMOPA que celles de la MHEM. Elle parlait toujours de l'avenir, elle était une femme lumineuse.

Nous avons eu tous la chance de la connaitre.

Merci chère Gisèle

Chantal Procureur

Vice présidente de la section 

AMOPA de la Manche

Lettre aux instituteurs et institutrices

 Dépêcche du 15/01/1888

Jean Jaurès - Lettre aux instituteurs et institutrices

(La Dépêche de Toulouse, 15/01/1888)


Vous tenez en vos mains l'intelligence et l'âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n'auront pas seulement à écrire, à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d'une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu'est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu'ils aient une idée de l'homme, il faut qu'ils sachent quelle est la racine de nos misères : l'égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fermeté unie à la tendresse. Il faut qu'ils puissent se représenter à grands traits l'espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l'instinct, et qu'ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s'appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l'âme en éveillant en eux le sentiment de l'infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c'est par lui que nous triompherons du mal, de l'obscurité et de la mort.
 

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