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mardi 22 décembre 2020

Un Ministre de l’Instruction publique en visite à Saint-Lô

Le 9 octobre 1847, Saint-Lô accueillait le Ministre de l’Instruction publique, le comte de Salvandy. A cette occasion la ville offrait un banquet. Charles Feuillet-Despallières y était présent. Il raconte.

Le 9 octobre 1847, Saint-Lô accueillait le Ministre de l’Instruction publique, Monsieur le comte de Salvandy. Il se rendait le lendemain à Coutances pour l’inauguration de la statue érigée pour l’architrésorier Lebrun, duc de Plaisance.

vendredi 30 octobre 2020

Enseignement secondaire spécial vs Enseignement primaire supérieur

 

Guizot, en faisant adopter la loi du 23 juin 1833 à laquelle son nom reste attaché, établit les bases d’une école primaire en France placée sous la vigilance de l’État. La loi Guizot créait l’enseignement primaire supérieur (article premier) : « l’instruction primaire est élémentaire ou supérieure[1] » : une école primaire supérieure devait être créée dans toutes les préfectures ainsi que dans les villes de plus de 6 000 habitants. « Cette loi est vraiment la charte de l’instruction primaire », affirmait, non sans quelque raison, son promoteur.

La Seconde République, du moins dans ses débuts, poursuivit l’œuvre entreprise[2]. La constitution du 4 novembre 1848 retenait bien les principes de l’obligation scolaire et de la gratuité mais confirmait la liberté d’enseignement. Les élections du 13 mai 1849 consacraient les partis conservateurs et, parmi eux, le parti catholique qui comptait 450 députés sur 750 sièges. Un royaliste, Dupin, présidait la législative, tandis que Louis-Napoléon, chef équivoque d’une république agonisante, préparait, par ses messages, une seconde dictature. Née des influences l’ultramontaines, soutenues par le parti « Ultra », une nouvelle théocratie s’affirmait. Adolphe Thiers, avec l’éloquence qui lui est reconnue, manifestait une profonde aversion pour le corps enseignant. A la commission chargée du projet de loi sur les écoles, en 1849, il fulminait : « J’aime mieux l’instituteur sonneur de cloches que l’instituteur mathématicien » « … Le remède le plus efficace serait assurément de confier l’instruction primaire au clergé… ». On ne pouvait être plus explicite. Sa défiance à l’égard des instituteurs laïques était à son comble. Il affirmait : « … Je suis prêt à donner au clergé tout l’enseignement primaire… »[3]. Le futur fossoyeur de la Commune, était ouvertement opposé à l’école primaire : « Oui, je veux restreindre cette extension démesurée de l’enseignement primaire… Je soutiens que l’enseignement primaire ne doit pas être forcément et nécessairement à la portée de tous… » Le triomphe fut consommé, d’abord avec la loi Parieu (11 janvier 1850), puis avec la loi Falloux, du nom du député du Maine-et-Loire, le comte Alfred de Falloux (15 mars 1850). Avec la première, il entrait dans les prérogatives des préfets de révoquer les instituteurs et les institutrices qui soutenaient des idées républicaines. La loi Falloux, elle, défendue par l’abbé Dupanloup, Montalembert et Thiers, prônait la liberté d’enseignement et accentuait le rôle de l’église. Elle autorisait également la possibilité d’ouvrir des écoles pour les filles, mais seulement si les ressources locales le permettaient. Ainsi fut votée la « loi qui porte un masque » selon l’expression de Victor Hugo pour assurer les fondements de ce qui allait constituer « l’enseignement libre ».

Cette même loi Falloux, ignorant les écoles primaires supérieures, entérinait leur suppression, en quelque sorte, par prétérition. Certes, en 1852, elles allaient être à nouveau mentionnées. Mais il n’en fallut pas davantage pour qu’une conception qui n’avait guère rencontré beaucoup d’empressement, fût, pour ainsi dire, abandonnée. Cette loi, en fait, venait ruiner toute l’œuvre scolaire antérieure et ramenait l’enseignement primaire à ce qu’il était avant 1830.

La priorité se trouvait de nouveau accordée aux collèges. Une partie des programmes des écoles primaires supérieures furent intégrés aux enseignements de l’école primaire. Mais ils n’en demeuraient pas moins facultatifs ! La plupart des écoles primaires supérieures existantes avaient été annexées aux collèges ou avaient été dissoutes.

Pourtant l’idée continua de cheminer dans les esprits. Victor Duruy, le très libéral ministre de l’Instruction publique[4] d’un Empire qui, pour feindre de cacher sa nature, s’ajoutait le qualificatif de « libéral », lors d’une visite à Coutances, prit la mesure de la nécessité de créer, au sein des lycées et collèges, un enseignement spécial à scolarité réduite, aux programmes utilitaires orientés vers des applications économiques et pratiques[5].

Voilà ce que nous écrivions dans l’ouvrage consacré à l’histoire de cet enseignement : Quand les enfants du peuple avaient leur école, publié en 2012. Jusqu’à ce que Christophe Canivet retrouve, en feuilletant les journaux de l’époque, notamment le Journal de l’arrondissement de Valognes, un article sur l’enseignement secondaire spécial dispensé au lycée de Coutances. Il constitue un fort intéressant complément aux Notes et souvenirs du Ministre.

Yves Marion




Le Journal de l'arrondissement de Valognes, 26 août 1864

et autres journaux du département

 

Lycée Impérial de Coutances.

Année scolaire 1864-1865.

Enseignement secondaire spécial

Cet enseignement qui existait, de fait, depuis longtemps déjà, au lycée de Coutances, y a reçu, pendant la dernière année scolaire, de nouveaux développements et une organisation entièrement conforme au but des nouveaux programmes soumis au contrôle de l'expérience. C'est un enseignement sérieux et étendu, qui ne laisse de côté que le grec et le latin et qui se préoccupe surtout de l'utilité pratique. « Nous laisserons vient de dire le Ministre dans une circonstance solennelle, nous laisserons au lycée classique la théorie, qui forme les esprits élevés ou puissants dont nous avons besoin pour marcher en avant ; mais nous placerons au collège spécial les applications, pour préparer là des industriels, des agriculteurs et des négociants, qui sachent tout ce que la science peut donner de force productive à l'industrie et à l'agriculture, de facilités au commerce, de bien-être à la société. »

 

L'essai complet qui vient d'être fait de cet enseignement a été des plus satisfaisants ; et il parait hors de doute qu'on peut, en 4 ou 5 années, à l'âge qu'on suppose, préparer des jeunes gens à un grand nombre de carrières pour lesquelles l'étude des langues anciennes n'est pas indispensable.

 

Pour faire bien comprendre, au reste, le but et l'importance de ce qui s'appellera peut-être bientôt l'enseignement moderne, il suffira d'indiquer aux familles les principales écoles ou carrières auxquelles il peut conduire. Ce sont :

 

–    École centrale (Paris).

–    Id. d'Arts et MétTers (Angers).

–    Id. de Mineurs (St-Étienne, Alais).

–    École Navale.

–    Id. d'Hydrographie : capitaines au long-cours et au cabotage.

–    Id. de Cavalerie (Saumur).

–    Id. d'Agriculture.

–    Id. de Vétérinaires (Alfort).

–    Carrières commerciales de tout genre.

–    Administration des télégraphes.

–    id. des chemins de fer.

–    id. des ponts-et-chaussées.

–    id. des postes

–    id. des contributions indirectes.

–    id. des douanes et des tabacs.

–    id. des finances : perception, recettes publiques ou privées, économats.

–    Administration du cadastre.

–    Emplois de géomètres-experts, d'agents d'affaires.

–    id. d'architectes

–    id. des vérificateurs des poids et mesures,

–    Notariat

–    Greffe des tribunaux, des justices de paix et des mairies.

–    Charges d'avoués,

–    id. d'huissiers.

–    Fonctions de professent pour l'enseignement spécial, d'instituteurs.

–    École normale primaire.

–    Écrivains pour toutes sortes d'administrations ou bureaux, etc.

 

Article trouvé par Christophe Canivet

 



[1] Souligné par nous.

[2] Philippe VIGIER, 1848, Les français et la République, Paris, Hachette, collection « La vie quotidienne », 1998,  pp. 19-20.

[3] Les débats de la Commission de 1849. Discussion parlementaire et la loi de 1850, par H. de Lacombe, 1899, p.34

[4] Ministre de l’Instruction du 23 juin 1863 au 24 mai 1869

[5] Victor DURUY, Notes et souvenirs, Paris, Hachette, 1901, t.1, pp. 167-168, cité par Antoine PROST, L’enseignement en France (1800-1967), Paris, Armand Colin, Collection, « U », 1968, pp. 66-67.

Inauguration du Petit Lycée à Coutances

 




Le Journal de l'arrondissement de Valognes, 26 août 1864

et autres journaux du département

 

Lycée Impérial de Coutances.

Année scolaire 1864-1865.

 

Inauguration d'un petit lycée


À partir de la prochaine rentrée des classes, il est fondé au lycée impérial de Coutances, un quartier spécial pour les plus jeunes élèves, sous la dénomination de PETIT LYCÉE.

 

Une classe primaire qui est en pleine voie de prospérité et l'ensemble des mesures prises depuis quelques années permettent d'y recevoir des externes libres, des externes surveillés, des demi-pensionnaires et des pensionnaires, de l'âge de sept à dix ans.

 

Cet établissement a pour but d'accoutumer de bonne heure les enfants à l'ordre et au travail et de les mettre, par-là, en état de commencer les études secondaires à neuf ou 10 ans. Autant que possible, conformément aux exigences de la société actuelle.

 

Rien ne sera négligé pour assurer à ces jeunes enfants une bonne éducation religieuse et morale, des exercices variés favorables au développement physique, et tous les soins qui ne se trouvent d'ordinaire qu'au sein de la famille. Ils seront confiés aux maîtres les plus expérimentés du lycée.

 

Les nombreux bâtiments destinés au petit lycée sont admirablement situés et se prêtent merveilleusement à cette destination : dortoirs, salles d'étude, salle de soins de propreté et d'hygiène, salle de bains, vastes cours de récréation et préaux couverts, parloirs, tout est installé dans les meilleures conditions. Le quartier, en entier, quoique se rattachant d'un côté au grand lycée (ce qui rend les relations et la surveillance plus faciles), est néanmoins complètement isolé de l'établissement principal et il n'y aura aucune communication entre les élèves des deux établissements.

 

Cette séparation permettra d'assurer aux jeunes enfants du nouveau quartier une discipline à part, des récréations plus fréquentes et des soins tout particuliers de propreté et d'hygiène. Une femme exclusivement attachée à ce quartier sera chargée de donner, à chaque instant du jour, ces petits soins maternels que réclament l'âge et la santé des jeunes enfants.

 

Les familles pourront rester chargées du blanchissage et des menus raccommodages ; et, dans ce cas, leurs enfants changeront de vêtements, de linge et de chaussures aussi souvent que les parents le désireront : pour rendre cela plus facile, un vestiaire et une lingerie supplémentaires seront installés dans le nouveau local.

 

Pour être admis dans l'internat du petit lycée, il faut être âgé de moins de 11 ans et n'avoir jamais été dans un autre établissement. — Les enfants qui y auront été admis pourront y rester, même après l'âge de 10 ans, s'ils se montrant dignes, par leur bon esprit et leur bonne conduite, de jouir plus longtemps des faveurs exceptionnelles attachées à ce quartier.


Article trouvé et mis en forme par Christophe Canivet

lundi 27 janvier 2020

Il y a 136 ans, naissait l'Ecole normale d'institutrices de la Manche



Il y a cent trente-six ans naissait l’Ecole normale d’institutrices du département de la Manche


Il y a cent trente-six ans, naissait l’école normale de d’institutrices de la Manche en application de la loi fondamentale du 10 août 1879.

La loi Guizot « sur l’instruction primaire », promulguée le 28 juin 1833, obligeant, notamment,  chaque département à avoir une école normale de garçons, ne s’appliquait pas aux filles. L’ordonnance du 23 juin 1836 étendait aux filles certaines dispositions de cette loi, à l’exclusion des articles 11 et 12, touchant précisément à la création d’écoles normales pour jeunes filles dans chaque département. Malgré tout, quelques écoles normales se créèrent ainsi que des « cours normaux »[1] le plus souvent tenus par des congréganistes. La première date de 1838 et on en comptait 8 en 1848 et 11 en 1863. Les cours normaux, eux, se développèrent plus rapidement : 30 en 1845 et 53 en 1863. Il fallut cependant attendre l’avènement de la  IIIe République pour que la loi dite Paul Bert[2] fut promulguée par le Président de la République Jules Grévy. La loi, en sept articles, obligea chaque département à disposer d’une école normale primaire de garçons,  et, en outre, ce qui était nouveau, d’une école normale primaire de filles[3].
C’est ainsi que le préfet de la Manche fit savoir, lors de la session du 1er août 1882, au Conseil général, que plans et devis avaient été approuvés pour établir, à Coutances, une école normale de jeunes filles. Les travaux débutèrent le 22 octobre 1883. L’excellente contribution que Robert Delaunay, inspecteur départemental honoraire de l’Education nationale, donna à l’Amicale[4], lors de la manifestation de commémoration du centenaire et qui fit l’objet d’une publication dans un numéro spécial, intitulée L’histoire brève… d’une naissance, disait l’essentiel. Chacun voudra bien s’y reporter. Il retraçait en quelques lignes la cérémonie qui eut lieu le 27 janvier 1884 pour la pose de la première pierre.

C’est sur cette manifestation que nous voudrions revenir.  Tout ce que le département comptait de personnages importants fut, pour l’occasion, mobilisé : le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, lui-même, était attendu. Armand Fallières[5] devait accompagner son collègue, David Raynal[6], chargé des Travaux publics car il s’agissait de surcroît d’inaugurer la ligne de chemin de fer allant de Sottevast à Coutances. L’inspecteur d’académie en était. Ce sont ses notes que nous proposons.

lundi 4 février 2019

Photo de classe. Lycée de Coutances 1963-1964

La rubrique "photos de classe" semble rencontrer un véritable intérêt. Aujourd'hui, une photo de la classe de math-elem du lycée de Coutances pour l'année scolaire 1963-1964. Autour de Mlle Langlamet, professeur de mathématiques, les élèves qui se reconnaîtront, s'ils veulent bien se faire connaitre, enrichiront la publication. Réponse ici


Lycée de Coutances classe Math-élem 1963/64
collection privée

Cette rubrique est ouverte à toutes propositions. N'hésitez pas à nous confier vos clichés. ils y trouveront leur place. 

Yves Marion
4 février 2019

mercredi 30 janvier 2019

Autorisation du recteur Jamet à Françoise Menand pour exercer les fonctions d'institutrice primaire à Cametours



Autorisation: Ecole primaire de filles
Don anomyme à la MHEM


La compétence des maitres d’école a toujours posé question. Les enquêtes successives sont là pour l’attester, que ce soient celles de Condorcet, de la restauration qui conduit le ministre de l’Instruction, de Vatimesnil, à suggérer l’idée de ce qui deviendra, quelques années plus tard, les conférences pédagogiques, ou celles de Guizot justifiant la loi sur l’instruction primaire du 28 juin 1833.

C’est l’ordonnance de 1816 qui impose à tout futur maître de posséder un brevet de capacité obtenu après un examen. Cette obligation est étendue aux institutrices laïques par les circulaires de 1819 et 1820.

Cette condition se doublait d’une autre pour exercer les fonctions d’institutrice. Il fallait obtenir une autorisation spéciale du recteur d’académie.

Ainsi, le 16 mai 1829, Françoise Menand, originaire de Cametours où elle est née, munie d’un brevet de capacité obtenu à la même date, se voit délivrer par l’abbé Pierre Jamet, recteur de l'académie de Caen, une autorisation pour exercer les fonctions d’institutrice primaire dans la commune de Cametours. Observons que le Comité de surveillance de l’Instruction primaire séant à Coutances a donné préalablement un avis favorable. Observons également que l’autorisation est accordée au vu de l’ordonnance royale concernant l’instruction primaire du 21 avril 1828 prise par Charles X et préparée par Henri de Vatimesnil. Les brevets de capacité sont délivrés par le recteur. Les candidats au brevet sont admis à subir l'examen sur présentation du certificat de bonne vie et mœurs et d'un certificat d'instruction religieuse. Il est clairement précisé que la réglementation relative à l'enseignement primaire s'applique également aux écoles de filles.

Ce document entré dans les collections de la Maison de l'histoire de l'école dans la Manche (MHEM) est un remarquable exemple des dispositions voulues pour encourager le développement d’une instruction primaire en France mentionnées dans le décret impérial du 17 mars 1808 et dans l’ordonnance royale du 29 février 1816 (art. 11 et 39).

Références :

Daniel Toussaint, « Un examen pour les instituteurs : le brevet de capacité de l’instruction primaire dans le département de la Somme (1833-1880) », Histoire de l’éducation [En ligne], 94 | 2002, mis en ligne le 07 janvier 2009, consulté le 30 janvier 2019. URL : http://journals.openedition.org/histoire-education/814 ; DOI : 10.4000/histoire-education.814

Antoine Prost, L’enseignement en France, 1800-1967, Paris, Armand Colin, « Collection U », 1968, 522 p.

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